Si Alexander Romanov n’a plus besoin de présentation chez les amateurs des Canadiens, l’équipe compte aussi un autre espoir au pays des tsars : l’attaquant Arsen Khisamutdinov, choisi au 6e tour (170e au total) en 2019. Dans son cas, l’avenir est toutefois on ne peut plus mystérieux à ce point-ci.

Retournons rapidement en juin 2019 alors que l’homme responsable du repêchage des Glorieux, Trevor Timmins, avait qualifié le Russe alors âgé de 21 ans de projet et avait ouvertement parlé de la stratégie dans son cas. Ignoré à deux reprises à l’encan universel, l’attaquant de 6pi3 en était à sa dernière année d’éligibilité avant de pouvoir s’entendre sur un contrat avec n’importe quelle équipe. Pour sa part, échaudé au cours des dernières années par la décision d’agents libres russes comme Artemi Panarin et Vadim Shipachov, Montréal souhaitait se donner l’exclusivité de pouvoir mettre sous contrat Khisamutdinov si le cœur lui en disait.

Nous voici maintenant une saison plus tard et force est d’admettre que le jeune homme n’est pas encore parvenu à rendre la décision du Tricolore très facile. Tout d’abord, après avoir dominé la ligue junior russe (c’était attendu : il avait 20 ans, rappelons-le) en 2018-2019 et montré de beaux flashs en KHL (5 points en 9 parties avec un temps de jeu moyen de 13 minutes par match), on n’a pas vu la progression escomptée chez lui. En effet, le Russe n’a récolté que 3 points en 31 parties dans la meilleure ligue russe, peinant à même y jouer de façon régulière (à peine 10 minutes par match).

Autant cette faible utilisation est décevante d’un point de vue développement, autant elle pourrait accroitre l’intérêt du club montréalais à mettre Khisamutdinov sous contrat afin de l’amener à Laval dès la saison prochaine. Le raisonnement n’est pas si farfelu en fait : le contrat du Russe prendra fin le 30 avril prochain et vu le faible temps de jeu qu’il a reçu à Nizhnekamsk (KHL), il sera certainement ouvert à considérer toutes ses options. Après tout, s’il n’avait visiblement pas la confiance de son entraineur dans la KHL, la situation était tout autre dans la VHL, l’équivalent de la Ligue américaine en Russie. Parmi les joueurs ayant disputé au moins 10 matchs dans ce circuit, il a figuré au 12e rang au chapitre des points par match et au 2e pour les buts marqués par rencontre grâce à une fiche de 9-4-13 en 14 rencontres. L’échantillon n’est pas évidemment pas énorme, mais il démontre que Khisamutdinov a été en mesure de produire a un niveau intéressant dans chacune des trois ligues où il a évolué en Russie sur une période de deux saisons.

De plus, malgré les récentes rumeurs voulant que Montréal se prépare à perdre les Cole Fonstad, Allan McShane et Samuel Houde en juin, faute de leur avoir offert un contrat d’entrée, le Russe a d’autres atouts qui pourraient le rendre plus attrayant pour le Rocket. D’abord, contrairement à ces trois passeurs de taille plus modeste, il est un marqueur naturel bâti sur un imposant gabarit de 6pi3 et plus de 200 livres et il compte déjà plus d’un an d’expérience au niveau professionnel. En outre, vu son âge, un contrat d’entrée dans la LNH serait d’une durée de deux ans dans son cas, ce qui représente engagement moins contraignant pour l’équipe qui, rappelons-le, doit se limiter à 50 contrats.

Choisi au 170e rang du dernier repêchage à sa troisième tentative, les chances n’ont jamais été grandes pour qu’Arsen Khisamutdinov atteigne la LNH, d’autant plus que son coup de patin est une lacune notable chez lui, mais à 6pi3 et misant sur un tir des poignets vif qu’il adore décocher souvent, le Tricolore pourrait trouver pire comme projet pour Joël Bouchard. De façon réaliste, le scénario le plus plausible demeure que le Russe signe un contrat d’un an en Russie et que les Canadiens réévaluent son cas l’an prochain, mais avec des joueurs marginaux comme Antoine Waked, Aaron Luchuk et Andrew Sturtz qui verront leur contrat prendre fin cette année et qui ne seront vraisemblablement pas de retour, Montréal pourrait être tenté d’explorer davantage ce qu’il a sous la main en Khisamutdinov, dès l’année prochaine. À tout le moins, cette décision ne serait pas sans fondement aucun!