Les essais hivernaux maintenant terminés, les dix écuries qui participeront au championnat 2018 de Formule 1 peaufinent leurs montures pour afficher la meilleure performance possible lors du Grand Prix d’Australie qui se déroulera les 23, 24 et 25 mars 2018.

Pour l’occasion, nous avons offert à nos lecteurs notre analyse et nos prédictions concernant les participants de cette année. 

Parmi les dix équipes qui s’affronteront cette année, une d’entre elles a connu d’importants changements durant la saison morte dont les bienfaits se font encore attendre. C’est l’écurie Williams. Après des essais à Barcelone très mitigés, les dirigeants de l’écurie reconnaissent candidement que la FW41 renferme d’importants problèmes techniques.

Une première pour Paddy Lowe

Officiellement, la saison 2018 sera sa deuxième au sein de Williams dans le cadre du retour qu’il y effectue après être parti de chez Mercedes. C’est toutefois la première fois qu’il supervise la conception de la monoplace. Notamment, il désirait changer la philosophie qui primait depuis quelques années qui était celle de designer la voiture de façon à ce qu’elle soit très rapide sur les circuits possédant plusieurs lignes droites et peu de virages. C’était bien en 2014, mais cette façon de voir les choses a ramené Williams sur Terre récemment. Il était donc impératif de procéder à d’importants changements.

Malheureusement pour l’équipe anglaise basée à Grove, ces bouleversements techniques ont été accompagnés de plusieurs difficultés auxquels les pilotes ont fait face lors des essais à Barcelone. «Le handicap de la voiture pour le moment se situe en entrée de virage et au niveau de la stabilité», concède Lowe en entrevue. «Sincèrement, c’est assez souvent le handicap d’une voiture, mais c’est particulièrement exagéré actuellement. Si nous pouvons débloquer quelques progrès à ce niveau, je crois que nous trouverons beaucoup plus de temps au tour que ce que nous avons actuellement. Car sur d’autres aspects, la voiture fonctionne vraiment, vraiment très bien dans les autres phases d’un virage.» Plus facile à dire qu’à faire.

Une lourde tâche attend les pilotes Williams

Advenant le cas où Williams n’arriverait pas à régler ces problèmes de maniabilité de la FW41, la saison sera longue pour les pilotes titulaires de l’écurie: Lance Stroll et Sergei Sirtokin. Stroll, malgré ses 19 ans, est le «vétéran» de l’équipe car cette saison 2018 sera sa deuxième en carrière. L’an dernier, le pilote natif de Montréal a amassé 40 points tout en terminant sur la troisième marche du podium lors du rocambolesque Grand Prix de Bakou. Les quelques moments brillants montrés par Stroll l’an dernier, incluant sa brillante qualification à Monza, montrent qu’il a un potentiel intéressant. Il ne reste qu’à démontrer beaucoup plus de constance lors des fins de semaine, chose à laquelle l’écurie Williams tient beaucoup de sa part.

Quant à Sergei Sirotkin, il a encore tout à prouver. La recrue de 22 ans complète le duo le plus jeune du plateau, cette année. Sa venue a été confirmée en janvier par Williams alors qu’ils cherchaient un remplaçant à Felipe Massa, parti à la retraite fin 2017. Heureusement pour Williams, Sirotkin a déjà travaillé en F1, agissant comme pilote d’essai pour Sauber et Renault avant. Toutefois, sa venue est assombrie par les commentaires de certains observateurs qui le qualifient de pilote payant, alors que son commanditaire russe aurait versé une somme considérable à l’écurie anglaise, advenant sa titularisation.

La pression restera importante sur les deux pilotes en 2018. Si Stroll bat Sirotkin, les détracteurs de l’écurie diront qu’effectivement, le choix de Sirotkin a été basé uniquement sur son porte-feuille. Si le contraire se produit, ce sera Stroll qui sera rabaissé, alors qu’un tout nouveau pilote engagé à la dernière seconde l’aura battu «au sein de sa propre écurie». Ajoutez à ceci l’ajout d’un troisième pilote qui est un clair favori de la foule en Robert Kubica.

Kubica, meilleur que Stroll et Sirotkin?

Le vétéran polonais de 33 ans n’est pas un pilote d’essai comme un autre. En 2008, il menait le championnat du monde jusqu’à ce que l’écurie BMW Sauber ne décide de se concentrer sur la saison suivante à la place de continuer le développement de leur voiture pour l’année actuelle, au grand dam de Kubica. Malheureusement pour lui, il a subi un important accident de rallye en 2011. Persévérant, il effectuera des essais privés avec Renault et Williams en 2017 afin de tenter un retour héroïque en Formule 1.


Robert Kubica, nouveau troisième pilote chez Williams

Lors des derniers essais à Abou Dabi, Williams a préféré sélectionner Sirotkin «en considérant strictement les performances en piste des deux pilotes». Or, lors des essais de Barcelone, Kubica a été meilleur que Sirotkin (0.3 seconde plus rapide) et Stroll (0.6 seconde plus rapide). Il a fallu un bon tour de Sirotkin tout juste avant la fin des essais pour éviter l’affront de voir un pilote d’essai mieux performer que les pilotes titulaires.

Lorsque Claire Williams, la directrice de l’équipe, a été questionnée à ce sujet précis, elle a voulu se montrer rassurante en expliquant que l’horaire des essais, combiné à la météo exécrable des premiers jours a contribué aux différences des temps au tour que ses trois pilotes ont affiché. «Certains pilotes peuvent sortir, rouler sur des pneus tendres dans des parfaites conditions, alors que d’autres n’ont pas cette opportunité à cause de la météo. Ainsi, je ne crois pas qu’il soit nécessairement possible de juger, pas à ce niveau-là», affirma-t-elle.

Effectivement, rien ne permet de confirmer, hors de tout doute, qu’un pilote est meilleur qu’un autre tant que le programme complet de test ainsi que les réglages dont bénéficient les pilotes ne sont pas connus. Il serait injuste déjà d’étiqueter Stroll et Sirotkin «de pilotes payants» inférieurs à Robert Kubica avant de les voir en piste. Toutefois, des performances mitigées des deux jeunots, combinées à une tenue capricieuse de la Williams risquent de mettre la légendaire écurie anglaise sous les feux de la rampe pour les mauvaises raisons.

Alors que le plateau, particulièrement après le top 3, semble plus paritaire que jamais, Williams ne doit pas demeurer à la traîne. Si tel est le cas, les chances qu’ils reculent au classement sont très élevées. Il n’y a pas de doutes, la campagne 2018 sera déterminante pour Williams et ses trois pilotes.