Le Grand Prix d’Espagne de la semaine dernière a montré une domination totale de Lewis Hamilton et de Mercedes vis-à-vis ses plus proches rivales, en particulier Ferrari. La Scuderia n’a pu faire mieux qu’une quatrième position dans une épreuve dans laquelle ses monoplaces rouges n’ont jamais semblé être dans le coup. 

La raison principale de cette débâcle chez Ferrari a à voir avec les gommes de pneu offertes par Pirelli, le manufacturier officiel de la F1, et leur utilisation par l’écurie italienne. Étrangement, selon les performances offertes lors des dernières courses, Ferrari a mieux su gérer l’usure des pneumatiques, alors que Mercedes souffrait d’une plage d’opération optimale des pneus Pirelli trop petite relativement à ses adversaires. On l’a vu lors des qualifications en Chine: Mercedes n’a jamais réussi à bien exploiter les pneus, ce qui a permis à Ferrari de monopoliser très facilement la première ligne.

En fait, les problèmes expérimentés avec les pneus de Pirelli remontent aux essais hivernaux. Le circuit de Catalunya étant un tracé présentant des virages rapides, cela en fait un des circuits les plus exigeants pour les pneumatiques. En ajoutant à cela le fait que les voitures actuelles figurent parmi les plus efficaces du point de vue aérodynamique et que la surface de la piste a été entièrement refaite, il était clair que les voitures allaient pouvoir y battre des records. Justement, le temps de 1:18:441 enregistré par Daniel Ricciardo lors de la course est le record du tour absolu dans de telles conditions.

Des essais hivernaux déterminants

Retournons aux essais pré-saison. Justement, un phénomène inquiétant impliquant les pneumatiques survenait parmi plusieurs écuries, dont Mercedes. C’est la formation de cloques sur les pneus (en anglais, tire blistering). L’image qui suit montre l’apparence d’un pneu qui montre de tels dommages.


Des cloques se sont formées sur les pneus de la voiture de Valterri Bottas lors des essais hivernaux à Barcelone

Les cloques se forment généralement lorsque la monoplace parcourt à grande vitesse des virages nécessitant de grands appuis aérodynamiques, ce qu’on retrouve beaucoup en Espagne. À ce moment, la bande de roulement du pneu – pas le pneu lui-même – surchauffe, ce qui cause la formation de cloques à sa surface. Comme cette chaleur n’est pas transférée au cœur du pneu, les performances en adhérence sont faibles. De plus, puisque le circuit a été surfacé à neuf, le nouveau revêtement cause moins d’usure «conventionnelle» au pneu.

C’est donc dire que cette combinaison de facteurs aurait permis aux écuries d’utiliser les pneus plus longtemps qu’en temps normal, mais davantage assujettis à la formation de cloques par accumulation de chaleur dans la bande de roulement du pneu. Ainsi, Pirelli a pris la décision de réduire l’épaisseur de cet élément crucial du pneu, ce qui réduit la formation de cloques. Ce changement sera à nouveau en vigueur lors des Grands Prix de France et d’Allemagne, deux circuits à haute vitesse dont le revêtement a aussi été renouvelé récemment.

Le volte-face de Ferrari

Sebastian Vettel avait alors tourné au ridicule ces cloques sur les pneus des Mercedes, entre autres. Il avait alors estimé qu’il était «normal» que «chaque équipe tente d’inciter le manufacturier de pneus à fournir des gommes qui fonctionnent le mieux avec leur voiture» tout en ajoutant que Ferrari «trouve que Pirelli a fait un bon travail dans sa sélection de gommes». Néanmoins, toutes les écuries, y compris Ferrari, ont accepté le changement d’épaisseur expliqué plus tôt, tel que proposé par Pirelli.

«Mercedes n’a rien demandé de particulier. Cette idée provient de Pirelli après avoir constaté la formation de cloques sur les pneus durant les essais hivernaux. Oui, Mercedes a subi plusieurs de ces épisodes, mais d’une façon ou d’une autre, toutes les écuries ont aperçu ce phénomène sur leurs pneus» a expliqué un représentant du manufacturier italien. Toutefois, après le Grand Prix du Bahreïn, la position de Ferrari énoncée par le patron Maurizio Arrivabene a changé: ils étaient désormais contre le changement proposé par Pirelli. Or, la production des nouveaux pneus était déjà entamée, et la FIA a décidé, avec le support de Pirelli, de confirmer le changement d’épaisseur de la bande de roulement pour les courses d’Espagne, de France et d’Allemagne et ce, même sans l’unanimité des écuries impliquées.

Arrivabene a mis le feu aux poudres en émettant des commentaires et reproches envers Pirelli en Espagne, comme quoi ils auraient cédé aux pressions de l’écurie Mercedes quant au changement. Voyant à quel point Mercedes a dominé en qualifications et en course, la critique était facile, mais il n’en était rien.

Un Vettel posé et serein

La semaine suivant le Grand Prix de Barcelone, une séance d’essais permise durant la saison 2018 qui s’est aussi déroulée sur le circuit de Catalunya a tempéré les critiques de la Scuderia envers Pirelli. Rappelons que durant la course, Sebastian Vettel a été contraint à effectuer deux arrêts aux puits, contrairement à ses adversaires directs. Il a d’abord été pensé que cette stratégie douteuse qui l’a relégué du deuxième au quatrième rang a été le fruit d’une mauvaise estimation, mais Vettel a finalement avoué que Ferrari n’aurait jamais pu conclure le Grand Prix sans un second changement de pneu. «Nous ne réussissions pas à faire durer les pneus. Il était clair que nous devions retourner aux puits une deuxième fois, c’était la bonne chose à faire» a-t-il dit aux médias après la course.

À la suite des essais, le pilote allemand a finalement apporté son «soutien» à Pirelli en annonçant que même avec les pneus dont la bande de roulement est plus épaisse, Ferrari aurait été hors du portrait pour la victoire. Justement, les deux types de pneus ont été à la disposition des écuries et Ferrari a pu essayer à nouveau les deux gommes sur le même circuit et dans des conditions similaires. Le constat a été le suivant: les anciennes gommes s’usaient encore plus rapidement.

«Après ces tests, les résultats sont clairs […] Si les pneus « normaux » avaient été utilisés en course, nous aurions probablement été pires encore. Le choix de Pirelli était le bon et la faute nous revient» a énoncé Vettel, bon joueur. Optimiste, il croit que Ferrari aura les solutions pour résoudre ce problème: «c’est bien d’avoir ces tests à notre disposition pour comparer et je crois que nous avons quelques idées. C’est maintenant à nous d’agir.»


Maurizio Arrivabene et Sebastian Vettel ont émis des commentaires différents au sujet de la décision de Pirelli de changer les pneus pour le GP d’Espagne

Au final, le revirement de situation de Barcelone montre à nouveau que l’utilisation des pneus jouera un rôle prépondérant dans le déroulement du championnat mondial de Formule 1 en 2018. À présent, Mercedes et Ferrari ont, tous les deux, vécu des problèmes importants avec la plage d’utilisation des pneumatiques, à un moment ou un autre. Alors que Vettel est demeuré cordial dans ses propos, Maurizio Arrivabene a été assez cinglant, ce qui pourrait endommager la relation entre les deux compagnies italiennes et peut-être même entre Pirelli et le cirque de la Formule 1 lui-même.