Alors que nous sommes à une semaine de la fin des vacances de mi-saison en Formule 1, la patience des amateurs de course est mise à rude épreuve. N’ayez crainte, la saison exaltante à laquelle nous avons droit en 2018 reprendra dans moins de sept jours, sur le spectaculaire circuit de Spa-Francorchamps en Belgique.

C’est ainsi que reprendra de plus belle la lutte que se livrent Lewis Hamilton et Sebastian Vettel pour le titre de champion du monde de 2018. Après 12 épreuves sur 21, c’est le pilote anglais qui évolue au sein de l’écurie Mercedes qui a un avantage de 24 points sur son plus proche rival. Malgré cet intéressant avantage, Hamilton ne croit pas qu’il a déjà une main sur le précieux trophée des pilotes.

«Je ne crois pas qu’il y ait le moindre moment durant lequel vous avez vos mains sur le titre ou le trophée. Nous avons encore un long chemin à parcourir et il reste encore neuf courses,» a-t-il résumé après sa dominante victoire en Hongrie durant laquelle il s’est carrément éclipsé, loin devant le reste peloton. En fait, malgré ses récents succès et son avance sur Vettel, Hamilton se compte chanceux de pouvoir compter sur un tel coussin pour les neuf courses restantes: «Je n’aurais vraiment pas pu rêver que nous serions dans un telle position, considérant tous les facteurs et de nos performances pures relativement aux Ferrari.»

Hamilton est-il trop prudent dans ce qu’il dit? Oui et non. Il ne veut surtout pas paraître trop confiant, alors qu’il sait pertinemment que tout peut basculer très rapidement, mais il n’est pas dupe: il reconnaît le fantastique progrès chez Ferrari et appréhende avec prudence la seconde moitié de saison. Après tout, ce sont des conditions particulières qui ont permis à Hamilton de creuser un tel avantage sur Sebastian Vettel. Analyse.

Mercedes à son plus bas en Angleterre

Malgré le résultat miraculeux de Lewis Hamilton à son Grand Prix à domicile, une brillante deuxième place après que Kimi Raikkonen soit entré en collision lui, l’écurie Mercedes avait la mine déconfite à la fin de l’épreuve anglaise. Une performance dominante des Ferrari sur un terrain qui ne leur est pourtant pas propice historiquement – la dernière victoire signée par une monoplace Ferrari à Silverstone remonte à 2011 – combinée au fait que les Mercedes ont gagné toutes les éditions de ce Grand Prix disputées depuis l’introduction des moteurs hybrides a implacablement piqué au vif les dirigeants de l’opération britanno-allemande.

Toto Wolff, le patron de Mercedes, est même allé jusqu’à qualifier l’accident Raikkonen-Hamilton «d’acte délibéré» ou même «de preuve d’incompétence», des graves paroles, surtout parlant d’un des pilotes les plus propres et expérimentés du plateau en Raikkonen. Quant au protagoniste dans la course au titre, Hamilton a insinué que Ferrari utilisait «d’intéressantes tactiques» pour contrer Mercedes, alors qu’une collision impliquant une monoplace de chaque écurie est survenue en France et en Angleterre.

Cette controverse a non seulement éclipsé une course d’une brillante qualité qui a montré énormément d’action pour les spectateurs présents sur place et pour l’audience télévisuelle, mais a aussi indiqué un sentiment d’inquiétude grandissant chez Mercedes, alors qu’ils savaient pertinemment que les prochains Grand Prix en Allemagne et en Hongrie seraient davantage favorables aux Ferrari.

Allemagne: la rédemption inespérée

Les qualifications du Grand Prix d’Allemagne ne se sont pas déroulées comme prévu pour Hamilton, alors qu’une perte de pression hydraulique l’a affligé lors de la première portion des qualifications. Se contentant du 14e rang sur la grille de départ lors de la course du lendemain, Hamilton a d’abord montré une exceptionnelle progression puis, a fini par l’emporter de manière époustouflante. Une combinaison de facteurs opportuns a pavé la voie d’Hamilton vers cette miraculeuse victoire.

1. La stratégie de Ferrari s’est retournée contre elle

Tout allait comme sur des roulettes chez Ferrari: Sebastian Vettel menait facilement la course jusqu’à la première fenêtre d’arrêts aux puits et ils se sont servis de Raikkonen comme tampon contre la progression d’Hamilton qui chaussait alors des gommes plus dures que celles de ses rivaux directs, en tête de peloton. Toutefois, comme le montre le graphique suivant, cette idée d’abord intelligente a rapidement placé Ferrari dans de beaux draps: alors que Vettel peinait avec ses pneus usés, Raikkonen allait considérablement plus rapide avec ses pneus neufs lors des tours 16 à 25.

Au final, l’inévitable est arrivé: lorsque Vettel est entré aux puits, Raikkonen l’a dépassé et menait légitimement la course! En temps normal, les dirigeants de Ferrari auraient demandé au pilote finlandais de laisser passer Vettel passer dès qu’il en avait l’occasion. Malgré le fait que les consignes d’équipes soient mal vues, celle-ci s’imposait, afin de capitaliser sur les déboires d’Hamilton en qualifications et pour permettre à Vettel de s’enfuir avec la victoire, devant ses partisans. Or, cela a pris pas moins de 15 tours (!) pour que Ferrari demande enfin à Raikkonen, de manière plutôt maladroite, de laisser passer Vettel.

2. La pluie cause la perte de Vettel

Malheureusement pour Ferrari, le mal était fait. Même si leur rythme a été bien meilleur en course que celui des Mercedes, lorsqu’il s’est mis à pleuvoir au 43e tour, les pneus des Ferrari – surtout ceux de Vettel – étaient bien trop usés pour négocier les virages du Hockenheimring sous la pluie. Et c’est là où Mercedes a parié gros, avec succès: ils ont mis des pneus ultra-tendres frais, tous chauds, tous mous, à la monoplace d’Hamilton, ce qui s’est avéré être une décision magique sous une pluie qui n’était pas assez forte pour chausser les pneus rainurés.

En un peu plus de huit tours, Hamilton a rapidement coupé de moitié l’avance qu’avait Vettel sur lui. La représentation graphique de l’écart entre Vettel et Hamilton est éloquente et montre clairement la remontée rapide du pilote anglais sur son homologue allemand.

Sur une piste de plus en plus glissante et avec des pneumatiques de moins en moins adhérents, Vettel a fait la gaffe de la saison. Il est sorti de piste dans la section du stadium, sous les yeux incrédules de ses partisans massés dans les estrades.

Le reste n’est qu’histoire. Valtteri Bottas, alors deuxième, a été appelé aux puits et a été victime d’un arrêt désastreux, puis Raikkonen est rentré au tour subséquent, laissant ainsi la voie libre pour une fantastique victoire de Lewis Hamilton au terme de la relance durant laquelle l’écurie Mercedes a demandé à Bottas de ne pas attaquer Hamilton et ainsi, sécuriser un doublé Mercedes au terme d’une course complètement tordue.

Au final, cette victoire durement acquise par Hamilton a été le fruit d’une coûteuse hésitation tactique chez Ferrari, de la malchance de Valtteri Bottas et du talent du pilote anglais en conditions mouillées. C’est de même que Lewis Hamilton a réussi à repasser en tête du championnat avec 17 points de priorité.

Par le fait même, Hamilton a poursuivi sa séquence de victoires sous la pluie, ininterrompue depuis le Grand Prix du Japon, en 2014.

Hongrie: une qualification déterminante

À première vue, le circuit sinueux du Hungaroring ne laissait aucunement présager une récidive de la brillante performance de la semaine dernière des Mercedes en Hongrie. En fait, avec leur voiture moins adaptée aux tracés serrés, il était clair que les Ferrari et les Red Bull seraient de sérieuses prétendantes à la victoire. Mais ceci, c’était avant que la pluie ne s’abatte massivement sur la capitale, Budapest.

Pendant que Sebastian Vettel et Kimi Raikkonen avaient montré leurs capacités en conditions sèches, Hamilton a été absolument impérial durant l’orage estival qui s’est abattu sur le circuit en qualifications, dominant largement, lui et son coéquipier, les Ferrari et les Red Bull. Ainsi, sur un des circuits où il est le plus ardu de dépasser, les Mercedes ont réussi à subtiliser la première ligne. Une vraie gifle au visage de Ferrari.

La gifle provient surtout du fait que les Ferrari ont démontré un rythme effarant durant les périodes d’essais libres, montrant de bien meilleurs temps au tour que leur compétitrices argentées. En ce sens, la première ligne Mercedes constitue une occasion gaspillée pour Ferrari en Hongrie.

Malgré tout, l’écurie italienne a tenté le tout pour le tout en offrant à leur pilote étoile une stratégie opposée à celle des Mercedes. Débutant la course avec des gommes plus dures qu’Hamilton et Bottas, Vettel tablait sur un premier relais plus long pour ensuite chausser les ultra-tendres et espérer attaquer Hamilton lors des derniers tours de la course. Le graphique qui suit montre la progression des temps au tour de Vettel et d’Hamilton.

Après une trentaine de tours, les temps au tour de Vettel ont sensiblement augmenté, ce qui a forcé son arrêt au 40e tour. Malheureusement pour lui, une erreur des mécanos de Ferrari a fait en sorte qu’il est retourné en piste coincé derrière un Valtteri Bottas chaussé de pneus tendres déjà usés. Sur un circuit où il est difficile de dépasser, la tâche s’avérait complexe pour Vettel.

Maintenant, à quel point Vettel aurait-il pu rattraper Hamilton, avec ses pneus plus frais et plus rapides, s’il n’avait pas été retenu par le coéquipier du pilote Mercedes? Il est difficile d’y répondre avec certitude, mais certains indices nous permettent d’y voir un peu plus clair.

D’abord, il a été supposé par plusieurs que Hamilton a ménagé sa monture lors des trente derniers tours, suivant l’arrêt raté de Vettel. Selon les données telles que montrées ci-haut, cette hypothèse est sensiblement fausse: Hamilton a montré ses meilleurs tours après l’arrêt de Vettel. Si le pilote allemand avait pu appliquer de la pression sur son rival, étant chaussé de ses ultra-tendres, qu’en aurait-il été de la performance de Hamilton?

Ensuite, l’autre indicatif est le rythme relatif des deux Ferrari après leurs derniers arrêts respectifs. Vettel, avec ses gommes ultra-tendres neuves qui ont été placées sur sa monoplace au 40e tour, aurait dû être beaucoup plus rapide que son coéquipier Kimi Raikkonen qui roulait pourtant avec des pneus tendres déjà usés, après son deuxième arrêt au 39e tour. C’est pourtant le contraire qui s’est produit:

Effectivement, même en ayant l’avantage au niveau de l’âge et de la qualité des pneumatiques, Vettel a laissé l’avance de 22 secondes qu’il disposait sur Raikkonen fondre comme neige au soleil. Le rythme en course de Raikkonen après son deuxième arrêt a-t-il montré le véritable potentiel de la Ferrari?

Enfin, il est pertinent de souligner que le meilleur tour de Vettel est survenu au dernier et 70e passage, avec des gommes ultra-tendres vieilles de 30 tours en signant un temps de 1:20.056. Si Vettel a réussi à signer un tour aussi probant après avoir été coincé pendant 25 tours derrière Valtteri Bottas et l’air turbulent que la Mercedes projetait derrière elle, nuisant à l’adhérence de la Ferrari, il est permis d’imaginer des tours beaucoup plus rapides à l’air libre, si Vettel avait réussi à sortir devant Bottas.

Une fin de saison qui promet

Cette analyse des performances des Mercedes et des Ferrari peut être résumée ainsi:

  • La Ferrari a semblé légèrement meilleure que la Mercedes en Angleterre, en Allemagne et en Hongrie;
  • Les erreurs de Vettel en Allemagne et des mécanos en Hongrie ont coûté excessivement cher pour leur course au titre;
  • Pendant ce temps, Hamilton a cumulé les impressionnante performances et a capitalisé sur toutes les chances qui lui ont été offertes;
  • Les pneus et les stratégies joueront un rôle prédominant d’ici la fin de la saison.

Considérant ceci, oser prédire le gagnant de l’édition 2018 du championnat mondial de Formule 1 semble risqué. Hamilton demeure favori (cote de 1.30 sur Mise-o-jeu en date du 18 août 2018). Hamilton a bien 24 points d’avance sur Vettel, mais le simple fait de supposer que Vettel réussisse à garder sa Ferrari en piste en Allemagne change grandement la donne: +25 pour Vettel, -8 pour Hamilton au cumulatif et soudain, c’est Vettel qui préserve la tête du classement avec une priorité de neuf points. Bien sûr, la seule chose qui compte actuellement est le classement réel.

Au final, Ferrari doit voir les choses en face: les erreurs de Vettel ont permis à Hamilton de retraiter en vacances avec l’avance au championnat. Le pilote anglais a été impérial au bon moment et ce fut le contraire pour son rival allemand. En ce sens, seulement en limitant les erreurs et en capitalisant sur les opportunités qui leur sont offertes, Ferrari et Vettel devraient rattraper leur retard et lutter au plus fort de la lutte au championnat.

Ainsi, prédire le sacre de Sebastian Vettel au terme du championnat (cote de 2.60 sur Mise-o-jeu en date du 18 août 2018) s’avère être une prédiction intéressante qui pourrait en valoir la peine.

À moins, bien sûr, que le développement effectué par les écuries lors des dernières semaines ne change le portrait…