Pour plusieurs observateurs, Jack Hughes n’a pas su livrer la marchandise à sa première saison dans la LNH. Du moins, statistiquement parlant.

Avec 21 points en 61 parties, le jeune phénomène Jack Hughes a présenté l’une des saisons recrue les plus décevantes sur le plan des statistiques pour un premier choix issu du repêchage de la LNH. Vous n’aurez sans doute aucune difficulté à trouver des fans de hockey qui l’ont déjà identifié comme un joueur qui ne sera jamais suffisamment bon pour justifier cette sélection par les Devils du New-Jersey. 

En faisant le saut aussi rapidement chez les professionnels, Hughes s’est exposé à une certaine critique. Évoluant pour le programme de développement américain des moins de 18 ans (USNTDP) l’an dernier, la marche était plutôt haute dès le départ pour lui cette saison. Il est le premier joueur de l’histoire de ce programme à avoir gradué directement vers la LNH plutôt que d’évoluer au moins une saison dans le circuit universitaire de la NCAA (ou ailleurs). Ce n’est pas rien!

La clé dans le jeu de Jack Hughes a toujours été la manière qu’il puisse être dominant dans les jeux de transition. Profitant de son coup de patin élite, il peut faire mal paraître les patineurs les moins habile. Le jeune centre n’a pas connu que des mauvais moments cette saison puisqu’il a adapté cet élément de son jeu à la vitesse de la LNH. Il a pu démontrer, de matchs en matchs, son talent à l’intérieur des jeux de transition.

Hughes voit l’opportunité devant lui, profitant de l’espace avant d’attaquer le centre de la patinoire en entrée de zone.


Il prend possession de la rondelle dans son territoire et effectue les sorties et entrées de zones contrôlées, utilisant aussi sa vision du jeu pour reconnaître les bonnes opportunités de se faufiler au travers les joueurs adverses. Il n’est peut-être pas le plus fort physiquement, mais cela ne lui cause pas un problème majeur depuis ses débuts dans la LNH. Il n’est d’ailleurs pas du genre à être intimidé par le jeu robuste de toute manière, compensant son manque de maturité physique par son dévouement et sa capacité à se déplacer rapidement dans tous les sens pour se dégager de ses adversaires. 

Hughes prend la rondelle et recule au lieu de foncer vers l’entonnoir, démontrant toute sa patience avant d’effectuer la transition.


En zone offensive, Jack Hughes demeure très dynamique en possession du disque, ce qui a toujours été habituel chez lui. Il utilise son habileté à patiner, à changer de direction et à manœuvrer avec le disque pour créer des ouvertures. Cependant, dans certaines situations, il aurait intérêt à continuer de bouger avec la rondelle pour obtenir de meilleures lignes de passes. Il peut précipiter certains jeux avec une passe qui aurait pu être excellente un instant plus tard. Cela viendra avec l’expérience et son sens du jeu inné saura le guider dans cette progression. Il devra probablement aussi continuer de travailler et d’adapter son choix de jeu en attaque. Ce n’est pas qu’il n’est pas créatif, qu’il manque de vision ou de compréhension du jeu. Loin de là. C’est simplement qu’il a une très grande préférence à distribuer la rondelle à ses coéquipiers plutôt que de tirer, même lorsque le tir pourrait être la meilleure option disponible.

Hughes démontre son aisance à être en possession du disque et manoeuvre en territoire ennemi avant de prendre la décision de tirer.


Avec tout le dynamisme dans son jeu, Hughes doit et peut assurément ajouter un effet d’imprévisibilité à ses attaques. Il deviendra alors un joueur terriblement dangereux et difficile à contenir. Son tir n’est peut-être pas lourd, mais il est tout de même capable d’être précis. Même lorsqu’il n’est pas assuré de déjouer le gardien, un tir bien placé peut, par exemple, provoquer un retour de lancer et une chance de marquer initialement inexistante. Certaines de ses passes infructueuses auraient dû être un tir. Son habileté à effectuer des passes à haut risque peut lui jouer des tours parfois, il devra apprendre à gérer cet aspect avec le temps et à mieux choisir ses moments.

Hughes fait mal paraitre son adversaire avant de foncer en zone offensive et de servir un but à Nikita Gusev.


Pour revenir sur le positif dans son jeu cette saison, il faut noter le fait qu’il a été étonnamment plus efficace défensivement que la majorité des observateurs l’anticipaient. Il réussit à briser sa part de jeux en territoire défensif grâce, évidemment, à son superbe coup de patin et d’une bonne utilisation de son bâton, provoquant les reprises de possession et des relances de jeu rapide pour son équipe. Il a terminé au deuxième rang des Devils pour le nombre de revirements créés contre l’adversaire à 5 contre 5 (takeaways), à un seul de Nico Hischier qui en a eu 32. Soyons clair, il est tout sauf un futur gagnant du trophée Selke et ne sera probablement jamais le plus fiable défensivement dans son équipe. Cela n’empêche pas d’admettre qu’il y a des signes déjà positifs et réconfortants dans son jeu sans la rondelle. Sa volonté à s’impliquer est bien présente et visible. Lorsqu’il fait une mauvaise lecture du jeu initiale en zone défensive, il patine et compense rapidement.

Hughes profite de son agilité sur patin et d’un bon tir pour surprendre le gardien adverse.


L’adaptation aux réalités du jeu de la LNH prendra du temps pour Jack Hughes, mais les résultats viendront assurément dans son cas. Utilisé quelques fois à l’aile gauche de Nico Hischier et de Kyle Palmieri cette saison, c’est une option qui pourrait être payante pour lui à court terme. Hischier est un joueur complet et Palmieri est un franc-tireur. Son style de jeu et ses attributs font en sorte qu’il puisse contribuer à cette position avec eux. Voici d’ailleurs un peu à quoi ressemblaient les combinaisons les plus utilisées cette saison impliquant Jack Hughes:

Hall – Hughes – Palmieri
Zacha – Hughes – Simmonds
Hughes – Hischier – Palmieri
Wood – Hughes – Simmonds
Bratt – Hughes – Palmieri

Jack Hughes a plusieurs qualités recherchées chez un joueur de centre. Dans le pire des scénarios, on peut s’attendre à la possibilité de le voir se convertir en ailier qui se retrouvera dans l’élite des joueurs de la LNH pour les jeux de transition et de possession de rondelle. Toutefois, il ne faudrait pas s’emporter et croire qu’il ne pourra jamais produire offensivement. Un aspect important que les amateurs ne devraient sous-estimer c’est à quel point Jack Hughes est un fier compétiteur. C’est un trait qu’il partage aussi avec ses frères Quinn (choix des Canucks en 2018) et Luke (éligible en 2021). Ce n’est pas par hasard qu’ils sont parmi les meilleurs de leur âge respectif.

Restons calme avant de comparer Jack Hughes à Patrik Stefan. Le talent est bien présent et la patience saura récompenser éventuellement les Devils.

Hughes inscrit le but gagnant en prolongation avec un tir en finesse vers le côté opposé.