Pour près de la moitié des équipes de la LNH, la première grande étape de l’entre-saison est la loterie annuelle en vue du repêchage des espoirs. Les yeux des amateurs de ces équipes exclues des séries seront donc rivés sur leur téléviseur ce soir, avec l’espoir que leur équipe préférée sera mise en position de repêcher sa future vedette.

Après que les Oilers eurent repêché au premier rang quatre fois en six saisons entre 2010 et 2015, incluant trois années où ils avaient tiré le bon numéro à la loterie, la LNH a décidé, à partir du repêchage 2016, de modifier la formule de sélection de l’équipe qui obtiendra le premier choix de l’encan, la fameuse loterie du repêchage.

À quoi peut-on s’attendre?

Si l’équipe ayant terminé au dernier rang du circuit a conservé la première place deux fois sur trois (Toronto en 2016, Buffalo en 2018), le hasard a tout de même amené son lot de chamboulements au processus de sélection annuel. En effet, depuis 2016, le tirage ne détermine plus seulement l’équipe repêchant au premier rang, mais également les deuxième et troisième choix aussi. Et un bref regard à l’histoire (et aux probabilités mathématiques) montre qu’on est à nouveau en droit de s’attendre à une grande surprise cette année. 

Des neuf équipes pressenties pour conserver les trois premiers choix lors des trois dernières années, seules Toronto et Buffalo ont su garder leur rang, le premier au total à chaque occasion. Les sept autres formations ont été pigées et leurs rangs de sélection ont varié grandement (4, 4, 5, 6, 8, 11 et 13). Comme on parle de probabilités mathématiques, le passé n’est évidemment pas garant de l’avenir, mais un coup d’oeil plus attentif aux chiffres démontre que ce phénomène est loin d’être une anomalie.  

 Pour le repêchage 2019, par exemple, les trois pires équipes du circuit (Ottawa*, Los Angeles, New Jersey) ont au total 43,5% des chances de remporter le premier choix, 40,8% de détenir le deuxième et 37,8% pour le troisième choix. C’est donc dire que pour chacune des trois places du podium, il y a plus de chances de voir une équipe classée entre quatre et quinze s’en emparer que l’une des trois pires équipes de la LNH.

L’enjeu

Si le repêchage 2017 n’avait pas la même saveur que ceux de 2016 et 2018 en raison du calibre du grand prix (Nico Hischier ou Nolan Patrick), 2019 me fait beaucoup penser à l’encan 2016 alors que les débats entre Auston Matthews et Patrik Laine ont fusé jusqu’à l’annonce du choix par les Leafs sur le plancher du First Niagara Center de Buffalo. À nouveau, un dynamique centre américain et un franc-tireur finlandais se disputeront l’honneur d’être choisi au premier rang jusqu’au tout dernier instant. Les experts du milieu s’entendent pour dire que Jack Hughes est toujours en pôle, mais que Kaapo Kakko, sensationnel en première ligue finlandaise, se fait de plus en plus insistant. Les besoins de l’équipe qui remportera la loterie pourraient bien être l’élément décisif de ce duel, rendant cette décision du sort encore plus excitante qu’elle l’est déjà. Quant au troisième joueur sélectionné, la lutte pourrait se faire entre un défenseur de l’Ouest (Bowen Byram), un ailier russe explosif (Vasili Podkolzin) et un centre américain qui joue bien dans les deux sens de la patinoire (Alex Turcotte). 

Et le Canadien dans tout ça?

Un an après être passé du quatrième au troisième échelon en vertu du hasard, ce qui lui a permis de mettre la main sur Jesperi Kotkaniemi, Marc Bergevin devra certainement allumer plus de lampions à l’Oratoire Saint-Joseph s’il souhaite voir son équipe grimper dans l’ordre de sélection. En effet, en vertu de ses 96 points et du dix-septième échelon au classement général, le Tricolore aura les pires probabilités parmi toutes les formations exclues des séries, soit 1% pour le premier choix, 1,1% pour le deuxième et 1,2% pour le troisième. Sans parler de miracle, il ne faut néanmoins pas s’attendre à un deuxième cadeau consécutif de la part de Dame Chance.

Tout n’est pas perdu, néanmoins, alors que la cuvée 2019 promet une belle profondeur entre les rangs 10 et 20, particulièrement en matière de défenseurs gauchers, justement une lacune importante de la banque d’espoirs de l’équipe. Le Suédois Philip Broberg, l’Américain Cam York, le Finlandais Ville Heinola et l’Ontarien Thomas Harley sont tous pressentis autour de ce rang et représenteraient chacun une belle prise pour Montréal. Le Canadien pourrait aussi se tourner vers le petit frère de Nick Suzuki, Ryan, un excellent fabricant de jeu pour les Colts de Barrie, en Ontario.

En attendant ce moment névralgique qui peut changer le cours d’une franchise, Marc Bergevin peut néanmoins se satisfaire de la saison enlevante que lui ont présentée ses joueurs. Avouons que de repêcher 15e après une saison qui se sera décidée à l’avant-dernier match de l’année est une fin drôlement plus heureuse que de regarder une autre équipe utiliser son choix sur une future vedette après une saison de misère passée dans les bas fonds. Mes excuses aux partisans des Sénateurs. Pour les autres, puisse le sort vous être favorable! 

 *Notez que le premier choix des Sénateurs appartient à l’Avalanche en vertu de l’échange de Matt Duchene.