Depuis l’annonce du format de la loterie du repêchage 2020 de la LNH, puis la première phase de celle-ci — qui a conféré à une formation ayant participé aux qualifications éliminatoires la chance de repêcher au premier rang — les amateurs de hockey de partout brûlent d’impatience de connaitre l’équipe qui pourra mettre la main sur le Québécois Alexis Lafrenière.

Le format unique de la loterie de 2020 apporte toutefois son lot de particularités, à commencer par le fait qu’en procédant ainsi, la ligue donne l’opportunité à une équipe potentiellement bien nantie, du moins assez pour ne pas terminer parmi les sept pires formations du circuit, d’améliorer encore davantage sa formation. Qui plus est, des équipes ayant pour objectif un long parcours en séries ont maintenant l’espoir de se consoler avec le meilleur espoir de la cuvée 2020, même après une saison probablement pas trop éprouvante pour leurs fans.

Ces particularités nous amènent donc la question : quelle équipe mérite vraiment de gagner la loterie de ce lundi et le droit de repêcher Alexis Lafrenière? Certes, la réponse facile serait les Red Wings de Detroit ou les Sénateurs d’Ottawa, pour plus d’une raison chacun. Mais les règles étant ce qu’elles sont, je comparerai plutôt les huit formations réellement en lice pour mettre la main sur le talentueux ailier québécois et analyseront les raisons qui font d’elles, non pas une bonne ou une mauvaise destination, mais bien celles pour lesquelles ces équipes peuvent mériter de voir leur logo dans l’enveloppe de Bill Daly.

8. Penguins de Pittsburgh

Non, pas les Oilers tout de suite, vous comprendrez bientôt pourquoi. Selon moi, les Penguins ne méritent absolument pas de mettre la main sur Alexis Lafrenière cette année. Tout d’abord, ils ont présenté le septième meilleur pourcentage de victoire dans toute la LNH, cette année. En fait, s’ils avaient évolué dans l’Ouest, ils auraient bénéficié d’une exemption pour les qualifications, se classant devant les Golden Knights et les Stars. Il ne fait donc aucun sens que l’une des meilleures équipes de toute la ligue puisse repêcher au premier rang. Mais les raisons vont plus loin. En 2005, les Penguins ont bénéficié d’une loterie spéciale pour repêcher Sidney Crosby et vraisemblablement sauver la concession. 15 ans plus tard, Crosby a mené l’équipe a trois conquêtes de la Coupe Stanley et l’équipe figure toujours parmi les principaux aspirants, année après année. Certes, Crosby, Malkin et Letang ne rajeunissent pas… mais après 13 années consécutives en éliminatoires, il serait injuste que les Penguins puissent ajouter un espoir de premier plan à leur première présence hors des séries.

7. Oilers d’Edmonton

La série contre les Blackhawks a bien démontré que les Oilers auraient besoin d’un Alexis Lafrenière pour leur permettre de diversifier leur attaque, mais le méritent-ils? Certainement pas, après avoir repêché au premier rang pas moins de quatre fois depuis 2010. Taylor Hall est maintenant sous d’autres cieux et Nail Yakupov a été un échec monumental, mais Ryan Nugent-Hopkins et Connor McDavid sont bien sûr toujours avec l’équipe en plus du meilleur pointeur de la LNH cette année, Leon Draisaitl, lui-même repêché au 3e rang, en 2014. Au-delà de leur historique en matière de loterie, les Oilers ont aussi connu une excellente saison 2019-2020, compilant un pourcentage de victoire de 0,585, le 12e meilleur de la ligue. Leurs succès à la loterie de même que leurs succès la saison dernière leur donnent donc le 7e rang de notre décompte.

6. Maple Leafs de Toronto

Cet article ne fait pas que classer les équipes éligibles selon leur pourcentage de victoire, mais il se trouve que la troisième meilleure équipe éliminée des qualifications est aussi la troisième moins méritante de notre classement. En plus d’avoir connu une belle saison, ce qui discrédite le mérite des Leafs est le fait que cette équipe devait aspirer aux grands honneurs cette saison. Leur élimination aux mains des Blue Jackets a été un choc, oui, mais avant tout un échec retentissant et il serait aberrant de voir ce fiasco récompensé à la loterie. En outre, Toronto rémunère déjà ses quatre meilleurs attaquants près de 40 millions de dollars en plus de miser sur de bons jeunes joueurs de soutien pour accompagner leur excellent quatuor de Matthews, Tavares, Marner et Nylander. C’est catégorique, ils ne méritent pas d’ajouter Lafrenière.

5. Rangers de New York

Tout d’abord, les Rangers ont gagné la loterie pour la 2e place l’an dernier, alors qu’ils devaient parler au 6e rang en vertu du classement. Ce gain leur a permis d’ajouter Kaapo Kakko à une équipe déjà bourrée de jeunes talentueux. De plus, la réputation de New York n’est plus à faire, si bien qu’ils n’ont jamais eu de difficulté à attirer les joueurs autonome dans la Grosse pomme, ce qui est déjà un avantage énorme. Bon, j’en conviens, ces arguments sont beaucoup moins convaincants que ceux présentés contre les trois premières formations de ce classement, mais l’équipe a tout de même aussi fini l’année avec un pourcentage de victoire de 0,564, au 18e rang du circuit, et n’aurait dû bénéficier que de 2% de chances de repêcher au tout premier rang, bien loin des 12,5% qu’ils auront lundi soir.

4. Jets de Winnipeg

Oui, les Jets ont été chanceux en 2016 en gagnant la loterie pour les faire passer du 6e au 2e rang et repêcher Patrik Laine, mais il s’agit aussi de leur seul choix du top 10 au cours des cinq dernières saisons. Sans COVID-19, les Jets auraient été les premiers exclus dans l’Ouest, terminant au 9e rang. Ayant dû négocier avec la saga Dustin Byfyglien et la perte de trois défenseurs réguliers (Byfuglien, Tyler Myers et Ben Chiarot), il s’agissait là d’une saison intéressante tout de même pour les Jets qui n’ont toutefois jamais réellement pris leur erre d’aller. Sont-ils les plus méritants? Non, mais ils n’ont rien fait non plus pour les discréditer, d’autant plus que jusqu’ici Laine s’annonce comme un bon marqueur, mais pas un joueur de concession non plus.

3. Panthers de la Floride

Bon, si on devait récompenser les partisans les plus méritants, les Panthers seraient au 8e et dernier rang de ce palmarès, vu leur apparent manque d’intérêt envers leur propre équipe. Sur le plan hockey, toutefois, le portrait est différent. Après une période sombre où ils ont repêché quatre fois dans le top 3 en cinq ans (entre 2010 et 2014), l’équipe a bataillé pour les séries chaque année, n’y participant toutefois qu’en 2016 et échouant à se qualifier lors des quatre saisons suivantes. Jonathan Huberdeau et Aleksander Barkov forment l’un des duos les plus électrisants du circuit, mais derrière eux, les Panthers bénéficieraient certainement d’un autre joueur de premier plan. Il s’agirait de la troisième fois que l’équipe repêche au tout premier rang après 1994 (Ed Jovanovski) et 2014 (Aaron Ekblad).

2. Predators de Nashville

La candidature des Predators n’est pas basée sur le calibre de leur équipe, l’une des bonnes de la LNH depuis plusieurs années, mais principalement sur leur historique de repêchage. L’équipe du Tennessee n’a repêché dans le top 10 que deux fois depuis 2004 (Colin Wilson en 2008 ; Seth Jones en 2013), mais surtout, n’a parlé dans le top 3 qu’à une reprise depuis leur arrivée dans la LNH, en 1998… et c’était cette année-là! L’équipe d’expansion avait alors vu le Lightning réclamer un attaquant de l’Océanic de Rimouski au premier rang, un certain Vincent Lecavalier. Nashville s’était alors rabattue sur David Legwand au 2e rang, le choix logique et un joueur honnête qui leur a donné plus de 500 points en tout près de 1000 matchs, mais certainement pas un joueur de première ligne. Qui plus est, l’équipe a toujours excellé à repêcher et développer les défenseurs, mais pendant ce temps, les derniers attaquants de l’équipe à atteindre le plateau des 65 points (JP Dumont et Jason Arnott) l’ont fait en 2008! Misant sur des partisans loyaux et bruyants, une équipe qui compétitionne à chaque saison, mais qui n’a jamais vraiment eu de vedette offensive, les Predators mériteraient vraiment d’ajouter un jeune comme Lafrenière cette année!

1. Wild du Minnesota

Après avoir atteint le carré d’as à leur troisième saison, en 2003, le Wild n’a jamais plus franchi le deuxième tour éliminatoire. Toutefois, l’équipe ne s’est jamais complètement assise sur ses lauriers, luttant toujours pour une place en séries, y participant plus souvent qu’autrement depuis 2006. En effet, Outre leur premier choix initial en 2000, Marian Gaborik, au troisième rang, le Wild n’a parlé dans le top 5 qu’à une occasion, en 2005 (Benoit Pouliot). C’est là un fait assez incroyable pour une nouvelle équipe dans le circuit. Cette saison, l’équipe était au plus fort de la course aux séries lors de l’interruption, mais après les victoires des Canadiens, des Blackhawks et des Coyotes, leur fiche se trouve à être la pire parmi les équipes en lice pour la loterie. Parmi ces équipes, seuls les Predators ont fini l’année avec un pire différentiel de buts marqués/alloués. Finalement, depuis le départ de Gaborik en 2009, le Wild n’a jamais vraiment trouvé de nouvelle vedette offensive et bien que Kevin Fiala fasse de son mieux pour s’établir comme tel, le fait est qu’aucune équipe dans cette loterie ne mérite davantage un joueur de concession comme Lafrenière pour bâtir autour. Les fans du Wild ont attendu assez longtemps!

Crédit photo : Mathieu Bélanger