Lorsqu’un joueur à sa première année d’éligibilité marque plus de 50 buts et produit plus de 100 points dans la Ligue canadienne, on s’attend à le voir au sommet des espoirs pour son année. Ce n’est toutefois pas le cas pour l’intrigant Arthur Kaliyev, qui est plutôt vu comme un choix de deuxième moitié du premier tour, pourquoi donc?

ARTHUR KALIYEV
Ailier gauche
6pi2 | 170lb | 26 juin 2001
Bulldogs de Hamilton, OHL
7e patineur en Amérique du Nord
Peu d’espoirs de premier tour viennent avec autant de points d’interrogation que Kaliyev et contrairement à ce que son nom pourrait laisser présager, sa nationalité n’en est même pas une. Après une très bonne saison recrue au cours de laquelle il avait marqué 31 buts avant d’atteindre l’âge de 17 ans, l’Américain d’origine ouzbèke (il a déménagé à Staten Island en bas âge) a carrément explosé en 2018-2019 avec 51 buts et autant d’aides pour finir la saison avec 102 points, de loin le plus haut total pour un espoir à sa première année d’éligibilité. Évoluant pour une équipe ordinaire, Kaliyev a marqué 21% des buts et participé à 42% de l’offensive de son équipe, lui conférant le deuxième rang dans la OHL à ces deux chapitres, derrière le géant Justin Brazeau, de plus de trois ans son ainé! Tout cela est encore plus impressionnant quand on considère que Kaliyev n’atteindra la majorité au Canada qu’après le repêchage. Comment diantre un joueur aussi productif peut-il ne pas être mieux classé par la majorité des publications? 

Tout d’abord, pour un joueur avec des statistiques aussi monstrueuses, Kaliyev n’est pas le joueur le plus explosif ou le plus spectaculaire en possession de la rondelle. Il a de très bonnes mains, mais n’est pas le genre de joueur qui traversera souvent la patinoire avec la rondelle sur sa lame en déjouant trois ou quatre adversaires. En fait, on pourrait presque qualifier le jeune Américain de sournois. Malgré sa charpente plus qu’intéressante à 6’2″ et 190 livres, il arrive souvent à se faire oublier dans les zones dangereuses d’où il peut ensuite décocher son lancer foudroyant. Il est, possiblement sans conteste, le meilleur tireur de la cuvée 2019 et se classerait probablement même dans le premier quart parmi les joueurs de la LNH en ce moment; c’est dire combien son lancer est menaçant. Il a d’ailleurs été voté comme ayant le meilleur lancer et le lancer le plus puissant par les entraineurs de l’association est de la Ligue de l’Ontario en plus d’avoir nommé le deuxième plus dangereux autour du filet, derrière Brazeau. Cela s’explique par son excellente dextérité à courte distance du filet, laquelle lui permet de marquer beaucoup de buts sur des déviations ou des retours de lancer. En outre, ses aptitudes de fabricant de jeu se sont améliorées cette année, mais ne vous méprenez pas, Kaliyev est un franc tireur pur et dur et outre Cole Caufield, je peine à voir qui a les atouts pour marquer plus de buts à son apogée dans la LNH.

J’ai dit plutôt que Kaliyev a beaucoup de lacunes, mais celle qui ressort le plus est son manque presque total d’implication en zone défensive. Il s’est amélioré en cours d’année, mais demeure plus souvent qu’autrement invisible dans son territoire en partie en raison d’un positionnement déficient, mais surtout pour ce qui est de l’effort qu’il consacre à cette phase de jeu. On aimerait le voir plus impliqué dans toutes les facettes, surtout avec son gabarit qui lui permet pourtant de gagner tant de batailles pour le disque en zone offensive. Finalement, sans lui reprocher le fait qu’il soit aussi dominant en avantage numérique, le fait que seulement 57% de ses points aient été réussis à égalité numérique soulève tout de même certaines questions dans son cas. D’un autre côté, il a pris le 2e rang de la OHL pour les buts en avantage numérique et le 3e pour les points et dans le pire des cas, pourrait bien se développer en un spécialiste de l’avantage numérique dans la LNH; il faut donc en prendre et en laisser avec ce type de statistiques. Somme toute, Arthur Kaliyev est l’un des joueurs les plus intrigants du prochain encan et personne ne serait surpris si, dans 10 ans, il était en fait le meilleur marqueur issu de la cuvée 2019. Après tout, il n’a que 17 ans et sa progression jusqu’ici a été fulgurante, malgré les lacunes évidentes à son jeu. Reste à voir quelle équipe sera prête à prendre un risque sur le talentueux jeune homme.

Montage des meilleurs moments de Kaliyev dans la OHL cette année