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Pour la majorité des écuries qui participeront au Grand Prix du Canada cette fin de semaine, cette course en est une comme une autre. Alors que ces équipes tenteront de gruger le plus de points pour le classement au championnat du monde, une d’entre elles a un autre enjeu d’importance qui déterminera son futur en Formule 1. C’est le cas de Red Bull Racing.

Red Bull se retrouve dans cette situation parce que son accord avec le motoriste Renault tire à sa fin à la conclusion de la présente saison de Formule 1. Renault équipe Red Bull depuis la saison 2007. Le mariage entre les deux entités a toutefois mal viré récemment, particulièrement depuis 2014, année durant laquelle les nouveaux moteurs hybrides ont été implantés. Voyant que la mouture du groupe propulseur proposée par la compagnie française ne fait pas le poids face aux Mercedes et Ferrari, Red Bull a fait part de ses mécontentements de façon récurrente, salissant au passage la réputation de Renault, pourtant quadruple champion du monde avec l’écurie autrichienne entre 2010 et 2013.


Le directeur général de Renauld Cyril Abiteboul (gauche) et le clan Red Bull n’ont pas la meilleure des relations depuis 2014. 

Pour Red Bull, les moteurs Renault sont devenus les talons d’Achille de la monoplace. Moins puissants et plus lourds (!) que les groupes propulseurs proposés par Mercedes et Ferrari, ils handicapent la RB14 qui semble pourtant montrer le meilleur chassis. On l’a vu à Monaco, il n’y a pas mieux que la Red Bull en termes de stabilité et de performances en virages. Il ne leur manque que la puissance moteur pour rivaliser comme il se doit avec Mercedes et Ferrari, surtout en qualifications, là où le rythme sur un tour lancé importe.

Malheureusement pour les taureaux rouges, oubliez la possibilité que Mercedes ou Ferrari leur fournissent des exemplaires de leurs moteurs: ce serait l’équivalent de renforcer l’opposition! Il ne reste donc que deux choix à Red Bull.

1. Ils peuvent poursuivre avec Renault et espérer qu’ils arrivent à offrir un moteur performant d’ici 2021.

Même si le motoriste français en arrache depuis l’utilisation des moteurs hybrides, ils demeurent relativement acceptables et permettent aux Red Bull de lutter avec les ténors et les surpasser lorsque les conditions sont favorables. Toutefois, deux aspects négatifs sont à considérer.

D’abord, Red Bull n’est plus partenaire direct avec Renault comme ils l’ont été entre 2011 et 2015. Un partenariat direct est synonyme d’étroite collaboration entre l’écurie et le motoriste alors que le design de la monoplace et du moteur sont faits de concert. Depuis le retour de l’écurie Renault en 2016, Red Bull n’est plus le partenaire de prédilection du motoriste, ce qui n’est pas l’idéal lorsque le moteur joue un rôle aussi important dans la Formule 1 d’aujourd’hui.

Ensuite, Renault ne montre pas de signes d’amélioration significative. Alors que Ferrari et Mercedes enchaînent les améliorations moteur, Renault ne livre pas la marchandise en termes de performances pures. De plus, une partie de leur groupe propulseur, le MGU-K, un moteur-générateur électrique, est encore le même que celui qui a été conçu en 2016, plus lourd et moins efficace que ceux des compétiteurs. Pourquoi? Parce que Renault n’a jamais réussi à le développer en combinant performance et fiabilité. Et ceci est inacceptable pour une écurie championne du monde comme Red Bull.

Pour des explications au sujet du système de récupération d’énergie des Formule 1 hybrides, vous pouvez consulter ce lien en français

2. Tenter le tout pour le tout et faire un accord exclusif avec Honda

Honda? Le même Honda qui a fait couler la légendaire écurie McLaren entre 2015 et 2017? Ce même groupe propulseur, qualifié par Fernando Alonso de «moteur de GP2»? Pas tout à fait. Honda semble faire des avancées intéressantes comme le montrent les performances de l’écurie soeur de Red Bull, Toro Rosso.


Toro Rosso est la seule écurie qui utilise actuellement le groupe propulseur Honda

Effectivement, les performances offertes par le moteur conçu par la fameuse compagnie japonaise sont vivement à la hausse en 2018. D’abord, des essais hivernaux encourageants sans problème majeur ont laissé entrevoir une lueur d’espoir à l’approche de la nouvelle saison. Puis, Pierre Gasly y est allé d’une étincelante prestation à Bahreïn alors qu’il a terminé au quatrième rang, à la régulière. Le moteur Honda avait alors permis aux Toro Rosso de se distinguer sur les longues lignes droites du circuit de Sakhir tandis que la qualité de la monoplace dans la variété de virages que propose le tracé a fait son oeuvre.

Le principal revirement de situation est que la partie à combustion interne (le moteur à pistons lui-même) de Honda ne semble plus avoir de déficit flagrant de puissance. Effectivement, il est régulièrement arrivé de voir les Toro Rosso au sommet des tableaux pour les vitesses de pointe atteintes, devant des monoplaces motorisées par Renault. Par exemple, entre les Grand Prix de Chine de 2017 et de 2018, les voitures équipées d’un moteur Honda ont vu leur vitesse de pointe bondir d’environ 20 km/h, ce qui est considérable.

Grand Prix de Chine 2017 – Vitesses de pointe:
Fernando Alonso – McLaren Honda: 309 km/h (18e)
Stoffel Vandoorne – McLaren Honda: 317.5 km/h (16e)

Grand Prix de Chine 2018 – Vitesses de pointe:
Pierre Gasly – Scuderia Toro Rosso Honda: 339.5 km/h (5e)
Brandon Hartley – Scuderia Toro Rosso Honda: 333.2 km/h (12e)

Sachant qu’au Canada, Honda va amener une version améliorée de son moteur qui lui conférera une augmentation de 27 chevaux en termes de puissance, ils pourront prouver à Red Bull et au grand cirque de la Formule 1 qu’ils sont à prendre au sérieux. Toyoharu Tanabe, un directeur technique chez Honda a mentionné que «le circuit de Montréal est connu pour ses longues lignes droites, là où 60% du tour est parcouru à plein régime. Après les lignes droites s’enchaînent les virages lents, ce qui veut dire que la réponse de notre turbo devra aussi être cruciale.»

De plus, la combinaison proposée par Honda est plus légère et mieux adaptée pour une monoplace comme la Red Bull dont les forces résident dans une conception plus compacte et aérodynamique. Qu’en est-il du reste? L’an dernier, leurs moteurs avaient des sévères problèmes de vibrations qui causaient des bris dans le moteur, choses qui sont maintenant du passé. L’autre grand défaut du Honda réside dans la partie de récupération d’énergie de son groupe propulseur. À Melbourne, Pierre Gasly a dû abandonner pour cette raison, alors que les ingénieurs de Honda avaient décelé une anomalie avec le MGU-H du moteur.

Autrement, le choix japonais ferait du sens pour Red Bull. Exclusivité du partenariat pour eux et Toro Rosso, potentiel d’évolution plus élevé que celui de Renault et une simplification des moteurs sont plusieurs aspects qui pourraient leur redonner l’avantage en 2021. D’ici là, l’épreuve canadienne sera un banc d’essai parfait pour évaluer ce que Honda a à leur offrir. Sachant que Red Bull doit mettre leur pilote étoile Daniel Ricciardo sous contrat très prochainement et que les deux clans préféreraient connaître l’identité du motoriste avant de lancer les négociations de manière formelle, l’édition 2018 du Grand Prix du Canada risque d’être fort déterminant pour Red Bull.