Les transactions commencent déjà à s’effectuer entre les différents directeurs généraux dans la LNH. À quelques semaines de la date limite des échanges, il est déjà temps de s’interroger sur l’identité du DG de l’année.

Brad Treliving, dirigeant des Flames, sera fort probablement en lice, avec la fantastique transaction qu’il a effectuée avec les Hurricanes pour faire l’obtention de Noah Hanifin et d’Elias Lindholm, deux rouages importants des premiers de classe que sont les Flames cette année.

Plus près de chez nous, un certain Marc Bergevin se distingue aussi. Celui qui a été sous les feux de la rampe cet été suite à une campagne misérable a mis son poste en jeu avec ses dernières manœuvres. Jusqu’à présent, son travail porte fruit et pourrait même lui valoir la palme de DG de l’année.

Une situation difficile à régler

Quelques jours à peine avant le début de la présente saison, Marc Bergevin a pris une décision lourde de sens, mais prévisible: il a sonné le glas de l’ère Max Pacioretty à Montréal. L’as marqueur, ancien capitaine du club, a perdu sa touche l’an dernier et était sujet à quitter l’été suivant comme agent libre sans restriction.

Bergevin n’a jamais bronché et a réussi à obtenir de bons éléments en retour de son capitaine. Imaginez un peu les tourments au camp d’entraînement et durant la saison si Pacioretty était demeuré avec le club. «Veux-tu rester capitaine de l’équipe, Max? Aimes-tu Montréal? As-tu commencé à négocier avec Marc? Vas-tu apprendre le français? Penses-tu que Claude est le bon entraîneur pour la suite de ta carrière?»

Il était justement minuit moins une au moment où Marc Bergevin a agit. On a vu précédemment ce qui arrivait lorsqu’une équipe prenait trop de temps pour effectuer un échange avec un agent libre en devenir. Les Sabres ont largué Evander Kane à San Jose en retour de…pas grand chose. Considérant la complexité de la situation, le retour obtenu relève pratiquement du miracle: un jeune centre en Nick Suzuki, un joueur expérimenté avec un minimum de talent en Tomas Tatar et un de ces succulents choix de deuxième ronde.

Entre-temps, Max Pacioretty semble apprécié par sa nouvelle formation. Après un dur départ, parsemé de deux blessures, Pacioretty forme un trio avec Alex Tuch et Paul Stastny et il produit bien avec 20 points à ses 19 derniers matchs avec les Knights. À Montréal, Tomas Tatar a ravivé sa carrière. Si la tendance se maintient, il pourrait obtenir une récolte de 60 points cette année. Ajoutez au vétéran tchèque la venue prochaine de l’excellent Nick Suzuki qui domine le circuit junior ontarien et vous avez devant vous une très bonne transaction à court, moyen et long terme.

L’échange qui a donné le ton

Marc Bergevin a aussi procédé à une transaction qui a précédé celle de Pacioretty: il s’agit bien sûr de l’échange amenant Max Domi à Montréal. Initialement, Il s’est attiré les railleries de ceux qui voyaient cet échange comme étant un autre de ces gestes désespérés, surtout lorsqu’il a admis qu’il voyait son nouveau protégé agir comme joueur de centre à Montréal.

Après une demi saison, il faut admettre que le clan Bergevin a vu juste. Non seulement Max Domi produit-il offensivement, mais il dépasse toutes les attentes à son endroit, tant au niveau offensif qu’au niveau des responsabilités de joueur de centre qui lui ont été données. Il est vrai qu’il connaît actuellement une légère baisse de régime, mais il ne demeure pas moins que Domi a changé le portrait de l’attaque du Tricolore. Ses 43 points en 49 matchs constituent un sommet à Montréal.

Max Domi s’amuse à Montréal, comme en témoigne sa production offensive

Quant à Alex Galchenyuk, il est le second meilleur pointeur des Coyotes depuis le 1er décembre avec 15 points en 20 matchs. Contrairement à Domi, son rôle n’est pas encore complètement établi (est-il un centre ou un ailier, diantre!?), mais les Coyotes se servent de lui comme d’un atout offensif, comme il se doit. Pour le jeune attaquant américain, la situation est déjà mieux que celle qui prévalait à Montréal, alors qu’il devait se contenter d’évoluer avec le gracieux Jacob De La Rose.

De la profondeur…de qualité

En plus de ces deux transactions d’importance, Marc Bergevin a aussi ajouté quelques éléments dits de profondeur pour combler quelques lacunes dans sa formation. À l’attaque, il a ajouté l’attaquant Joel Armia qui lui a quasiment été donné par les Jets de Winnipeg. Armia, reconnu pour son jeu défensif de qualité, donne un bon coup de main au CH à égalité numérique et à court d’un homme. Il semble aussi agir comme mentor aux deux autres jeunes Finlandais dans la formation. Claude Julien se sert de lui trop souvent en avantage numérique – alors que le pauvre Armia n’a jamais enfilé l’aiguille dans de telles conditions dans la LNH – mais bon, c’est un moindre mal.

Bergevin a aussi fait appel à Kenneth Agostino, ce fameux attaquant qui a été impliqué dans la transaction Jarome Iginla à Pittsburgh. Agostino, habitué de la ligue américaine, a été rappelé en début d’année et n’a plus jamais été rétrogradé à Laval. Il respecte le système de jeu à la lettre et montre même un flair offensif qui lui était méconnu. En récompense, il joue parfois sur la deuxième vague d’avantage numérique. Bien sûr, sa venue et celle d’Armia ne révolutionnent pas le club, mais Bergevin a réussi à ajouter de la profondeur de qualité sans que ça ne lui coûte rien.

Et ça, c’est sans parler de la bonne transaction qui a amené Brett Kulak à Montréal contre deux défenseurs de ligue américaine en Rinat Valiev et Matt Taormina, eux qui ne se distinguent pas à Stockton. Kulak, 25 ans, a récolté cinq points en 25 parties à Montréal, tout en montrant un différentiel de +7. Rinat qui? C’est ça.

L’importance de bien s’entourer

Hormis les mouvements de personnel dans son effectif de joueurs, le manitou du CH a aussi fait table rase à Laval. Joel Bouchard et ses associés ont revitalisé le Rocket de Laval. Oui, ils pataugent dans la deuxième moitié du classement, mais contrairement aux dernières années sous Sylvain Lefebvre, une amélioration est perceptible: ils viennent d’ailleurs de passer au delà de la barre des 0.500.

Une première série de recrues, les Jake Evans, Lukas Vejdemo, Cale Fleury et compagnie apprennent les rouages du hockey professionnel dans un meilleur environnement. Le personnel à Montréal a aussi changé.

La venue, significative, de Dominique Ducharme a aussi eu son effet sur le jeu global des Canadiens. Ses idées fraient leur chemin dans le système de jeu de Claude Julien et apportent déjà des résultats : offensivement, le CH est bien meilleur et plus dynamique. Donnons aussi crédit au vétéran entraîneur qu’est Claude Julien pour avoir apporté les ajustements qui s’imposaient. Les bons entraîneurs sont ceux qui savent s’adapter.

Dominique Ducharme et Claude Julien s’accaparent bien de leurs tâches en cette saison 2018-2019

Bâtir par le repêchage

Enfin, une vague d’optimisme entoure le département de recrutement des Canadiens. Avec une panoplie de sélections au dernier repêchage, Marc Bergevin et son équipe n’ont pas déçu. La décision de repêcher Jesperi Kotkaniemi rapporte déjà des dividendes et nous laisse enfin entrevoir une profondeur de qualité à la position de centre à Montréal. Les Alexander Romanov et Jesse Ylonen, pour ne nommer qu’eux, ont été excellents dans le cadre du dernier championnat mondial junior de hockey.

Marc Bergevin semble avoir changé de mentalité quant au repêchage et au recrutement professionnel. Exit les choix portant sur les joueurs fiables, physiques et ordinaires comme les McCarron, De La Rose et Crisp de ce monde. Rappelons qu’il avait orienté ce repêchage de 2013 vers la robustesse alors que sa formation venait de baisser pavillon face aux tonitruants Sénateurs d’Ottawa de Paul MacLean.

À l’approche de la date limite des transactions, espérons que le directeur général garde sa nouvelle approche intacte, qu’il ne dérogera pas de la deuxième version de son plan et qu’il ne surpaiera pas pour des éléments interchangeables en cédant des choix au repêchage inutilement, pourtant si précieux. Dwight King fait dire bonjour de Graz, en Autriche.